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Nouvelles de la Colombie

Lundi 2 février 2009 1 02 /02 /2009 07:38



01/02/2009 - RPP, El Mercurio on,line

Noticias Uno a annoncé les noms des prisonniers des Farc qui seront libérés ce dimanche. Il s'agit des policiers Walter Lozano Guarnizo, Alexis Torres Zapata et Juan Fernando Galicia ainsi que du soldat William Giovanni Domínguez.

C'est par téléphone qu'un membre de la mission humanitaire a prévenu cette station de télévision. Il a exigé que son nom ne soit pas révélé car il n'était pas autorisé à faire des déclarations publiques.

Lozano, Torres et Galivcia ont été kidnappé par des guérilleros des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) le 9 juin 2007 sur une route dans le département de Caquetá, au sud de la Colombie.

Le soldat Domínguez a été fait prisonnier le 20 janvier 2007, également dans le sud du pays. Quelques heures auparavant, à Villavicencio, le porte-parole du Comité International de la Croix Rouge (CICR), Yves Heller, avait annoncé que les deux hélicoptères et les délégations qui ramèneront ce dimanche les quatre personnes libérées étaient bien arrivés en Colombie depuis le Brésil.


Retard de la remise d'otages en raison d'opérations de l'armée

01/02/2009 - Le Monde, Reuters, A.P.

Laremise de quatre otages de la guérilla des Farc dimanche a été retardée de plusieurs heures en raison d'opérations de l'armée colombienne dans le secteur de la libération, a affirmé à la chaîne vénézuélienne Telesur l'un des membres de la commission qui devait accueillir les otages.

"Des aéronefs de l'armée colombienne ont fait obstacle pendant plusieurs heures à l'opération" de libération, a expliqué Jorge Enrique Botero aux alentours de 15h00 locales (20h00 GMT).

"Nous avons pu écouter les communications d'avions qui nous survolaient" au moment où les otages devaient nous être remis, a-t-il précisé.

M. Botero fait partie de la commission composée d'une sénatrice d'opposition colombienne Piedad Cordoba, de trois membres du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et de trois membres de l'organisation Colombiens pour la paix, qui devait réceptionner les quatre otages, trois policiers et un soldat.

Auparavant, un porte-parole de Mme Cordoba qui dirige la commission, avait affirmé à l'AFP et à d'autres médias colombiens que les otages avaient été libérés vers 10h00 locales (16h00 GMT) et étaient sur le chemin du retour à bord d'un hélicoptère fourni pour l'opération au CICR par le Brésil.

La chaîne Telesur a également interrogé par téléphone un commandant des Farc, s'identifiant comme Jairo Martinez, qui a affirmé que l'opération "était prévue à 08h00 du matin" et avait été freinée par une intervention de l'armée colombienne.

"Sur le chemin vers le lieu de la remise (des otages) nous avons perdu un guérillero (...) un autre est porté disparu", a-t-il affirmé.

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Mardi 27 janvier 2009 2 27 /01 /2009 17:45

 26/01/2009 - HNS, Europa Press, Amnesty International En Colombie, une importante affaire de violation des droits humains pourrait être transférée à la justice militaire du pays, si un juge civil en décide ainsi. Le colonel à la retraite Luis Alfonso Plazas Vega est actuellement jugé devant une juridiction civile pour son rôle présumé dans la disparition forcée de 11 personnes en 1985.

Luis Alfonso Plazas a été arrêté en juillet 2007 dans le cadre d’une affaire de « disparitions » qui ont eu lieu quand l’armée a donné l’assaut au palais de justice à Bogotá, en novembre 1985. Cet assaut a été lancé parce que des guérilleros du M-19 retenaient des otages dans le bâtiment. Plus de 100 personnes ont été tuées, dont 12 juges de la Cour suprême.

Amnesty International a condamné les tentatives de la justice militaire visant à prendre en charge l’enquête criminelle. « Le système de la justice militaire a joué un rôle essentiel pour que l’impunité continue de caractériser le long conflit interne en Colombie, a déclaré Marcelo Pollack, chercheur sur la Colombie au sein d’Amnesty International.

Les juridictions civiles ne doivent en aucune circonstance accepter de transférer cette affaire sous la responsabilité de leurs homologues militaires. » Un juge civil décidera le 23 janvier d’accepter ou non la requête de la justice militaire. En cas de rejet de cette requête, le Conseil supérieur de la magistrature aura alors le dernier mot quant à la question de savoir quelle institution est compétente pour connaître de cette affaire.

En 1997, la Cour constitutionnelle de la Colombie a décidé que toutes les affaires de violations graves des droits humains impliquant les forces de sécurité devaient être instruites par la justice civile. Le Bureau du Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations unies et la Commission interaméricaine des droits de l’homme ont à plusieurs reprises fait la même demande.b

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Lundi 19 janvier 2009 1 19 /01 /2009 13:34

Spoliation des autochtones en Colombie

17/01/2009 - Alternatives, Noticias Aliadas

Les Indiens protestent contre un déni croissant de leurs droits.

Les mingas, ou marches, que des milliers d’Indiens ont réalisées en octobre et novembre en Colombie, parcourant 504 kilomètres du Sud-ouest du pays à Bogotá, ont de nouveau mis en relief « l’irrespect ancestral à l’égard des droits des ethnies et le génocide qui, loin de cesser, a connu une recrudescence sous le gouvernement du président Álvaro Uribe ».

C’est ce qu’a déclaré le sénateur Jesús Piñacué, représentant du département du Cauca au Congrès et membre de l’ethnie paez.

« Depuis qu’Uribe est arrivé au pouvoir, 1 253 Indiens ont été assassinés et 18 groupes sont en voie de disparition, dont les Juhup, les Yari, les Yamaleros et les Nukaks », affirme M. Piñacué, en s’appuyant sur des chiffres de l’Organisation nationale indienne de Colombie (ONIC). Les marches indiennes font également ressurgir le problème territorial que vivent les ethnies colombiennes et qu’« Uribe a traité d’une façon très maligne », ajoute Piñacué.

Territoire : un droit non reconnu

Le 18 octobre, Uribe a assuré, lors d’un conseil communal de gouvernement – on entend par là les réunions que le président tient avec les autorités locales et les communautés –, à Quetame (Cundinamarca), que les Indiens, qui représentent 2,2% de la population colombienne (44 millions) détiennent 27% du territoire colombien.

« Le gouvernement signale que les Indiens possèdent 31,6 millions d’hectares – chiffre officiellement vérifié –, chose qu’il présente comme une concession faite par l’État à ces peuples. Mais la réalité est autre : en fait, l’État n’a pu leur retirer ces terres lors des processus de colonisation et d’expropriation forcée imposés aux peuples indiens », explique Juan Houghton, chercheur au Centre de coopération indienne.

Il ajoute que « 90% de ces terres se trouvent dans des zones protégées – forêt amazonienne, forêts du Pacifique, savane de l’Orénoque et régions semi-désertiques de La Guajira, où, comme l’indique l’Institut amazonien de recherche scientifique (SINCHI), l’agriculture intensive est interdite, et où l’on exige des dynamiques de production extrêmement élaborées qui permettent, par exemple, de laisser reposer le sol compte tenu de sa qualité et de son acidité ».

Le chercheur explique aussi que « les terres indiennes situées à l’intérieur des terres cultivables sont beaucoup plus petites et présentent une forte concentration de personnes par hectare » ; il cite notamment le cas de Córdoba, où les réserves des Zenus – qui sont au nombre de 146 916 selon le recensement de 2005 et titulaires de 14 314 hectares – cohabitent avec des propriétés appartenant à une seule personne, comme celle du président Uribe, de 2 000 hectares.

De son côté, le sénateur déclare que « le problème territorial est lié d’une part à la restitution de la propriété des terres, mais aussi à la reconnaissance du droit de gérer l’ensemble des terres et au droit que possède le peuple indien de les utiliser, de les faire fructifier et de choisir son mode de relation avec les ressources naturelles ».

« L’État ne reconnaît pas ce problème territorial, ajoute-t-il, et voit dans les Indiens des communautés minoritaires qui s’opposent à l’exploitation du sous-sol, du pétrole et d’autres richesses naturelles. »

L’article 329 de la Constitution politique de Colombie établit que les terres indiennes constituent des entités territoriales dotées d’une autonomie administrative, politique, culturelle et juridique, mais qu’un règlement est nécessaire pour modifier la division territoriale du pays. Cela implique une distribution des compétences des entités territoriales en matière de législation, de ressources et d’impôts.

Légalisation de la spoliation

« On aboutit ainsi à ce que nous appelons la légalisation de la spoliation », explique M. Houghton.

« Il ne peut être porté atteinte à l’intégrité économique, culturelle et territoriale des terres indiennes, qui sont imprescriptibles, insaisissables et inaliénables, ajoute-t-il ; l’État a donc inventé un ensemble de normes pour se soustraire à cette règle constitutionnelle. C’est ainsi qu’aucune terre indienne ne peut être achetée ni vendue, mais que la biodiversité relève de l’État colombien, situation qui lui permet de négocier sur les marchés ce qu’il estime être ses ressources à lui ».

Comme la biodiversité et le sous-sol relèvent de l’État, les terres indiennes sont régulièrement violées. La Loi sur les forêts, par exemple, qui sera prochainement présentée au Congrès, dispose que le sol se distingue des végétaux qu’il supporte, lesquels sont des biens que l’on peut commercialiser même s’ils sont plantés dans le sol et s’ils n’ont pas été coupés. De même, la Loi sur l’eau établit que les ressources hydriques peuvent être exploitées par des entreprises privées.

« Au bout du compte, le territoire indien se réduit à la couche superficielle vu que le sous-sol appartient à l’État ; celui-ci peut privatiser la couche forestière (autrement dit, tout ce qui se trouve au-dessus du sol peut être commercialisé et peut servir de garantie pour l’obtention de prêts auprès d’établissements financiers), l’eau n’est pas incluse et les zones protégées peuvent être cédées à des entreprises privées », déclare M. Houghton.

Les Indiens sont aussi victimes de la guerre intérieure que le pays connaît depuis 40 ans, « mais dans une plus grande proportion » que le reste des Colombiens, affirme Feliciano Valencia, responsable des droits humains à l’Association des communes indiennes du Nord du Cauca (ACIN).

« Neuf des 11 sites que l’État a déclarés prioritaires pour la défense du territoire et dans lesquels il a installé les « centres de coordination de l’action intégrale » (CECAIS) se trouvent sur des terres indiennes. Dans les CECAIS, le pouvoir civil est subordonné au pouvoir militaire. L’État intervient militairement pour exercer des fonctions de nature civile, et le pouvoir civil dans sa totalité, y compris l’autorité des peuples indiens, finit étouffé par la présence militaire », affirme M. Valencia.

Une dimension continentale

Les mingas avaient pour objet non seulement de revendiquer les droits ancestraux des Indiens et d’arrêter le génocide en cours dans le pays, « mais aussi de susciter un débat approfondi sur la confrontation entre le modèle de développement occidental – exploiteur et destructeur de la nature – et un modèle de vie qui ne s’attaque pas à la nature, d’affirmer M. Houghton. Il s’agit d’améliorer la vie des Indiens, mais également celle de la région. »

Et d’ajouter : « Ces grandes manifestations indiennes, que l’on réduit parfois à des marches de protestation, sont plus que cela ; elles obéissent à une volonté de rassemblement, elles se veulent un exercice de délibération, de discussion, de pouvoir démocratique en action. Quand les Indiens s’opposent aux grands projets d’extraction, à l’industrie pétrolière, à certaines façons de gouverner, à la transformation des États en multinationales, on a affaire à des entités qui dépassent le niveau local et qui s’inscrivent dans une dimension plus continentale. »

M. Valencia, faisant écho aux propos de M. Houghton, a déclaré que les Indiens colombiens, en s’opposant à l’Accord de libre-échange entre les États-Unis et leur pays, refusent aussi « que l’on ouvre dans la région des voies qui permettent à des transnationales de s’installer sur nos terres et isolent nos communautés pour mettre en œuvre des projets pharaoniques.

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Lundi 19 janvier 2009 1 19 /01 /2009 13:29

Les écrits d'un policier mort en captivité sont publiés

18/01/2009 - Miami Herald

La mère du policier Julian Ernesto Guevara, mort en captivité, a pu récupérer le journal de son fils écrit au cours de sa détention aux mains des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).

Le quotidien El Espectador a publié dans son édition dominicale quelques extraits de deux journaux, environ 100 pages chacun, dans lesquels le policier décrit sa longue détention ainsi que les cours d'anglais et de russe enseignés par un autre otage.

Ces journaux sont parvenus à Emperatriz Castro, la mère de Julian Ernesto Guevara, par l'intermédiaire d'un autre policier également otage des Farc et libéré le 2 juillet dernier avec 14 autres personnes par une opération militaire.

Guevara, 43 ans et cinquième de neuf enfants, a été détenu par les FARC en Novembre 1998 lors d'une attaque.
Suite à de longues marches imposées par les rebelles et ayant cessé de s'alimenter, il est tombé malade. Il décède en janvier 2006 et son corps n'a pu être récupéré.

"D'ici peu de temps, me fiant à Dieu, Jésus-Christ et à la Vierge Marie, nous serons tous et chacun de nous dans nos foyers respectifs en train de nous amuser comme des fous. Je pense que ce sont des épreuves et des desseins qui nous arrivent et que nous devons affronter avec courage " confie Guevara dans son journal en Novembre 2000.
«La séquestration ne durera pas éternellement ... nous allons bientôt rentrer à la maison et tout cela ne sera plus qu'un mauvais souvenir», écrit-il en Mars 2001.

Les FARC ont annoncé dans une déclaration publiée en décembre dernier qu'ils libèreraient à une date et lieu à déterminer, l'ex gouverneur du département du Meta, Alan Jara, l'ex député du département régional de Valle de Cauca, Sigifredo Lopez ainsi que trois policiers et un soldat , dont l'identité n'est pas révélée.

La mère du policier a tenté à deux reprises de rencontrer les rebelles des FARC capturés dans l'opération de sauvetage en Juillet dernier, afin d'obtenir des indices sur l'endroit où se trouve le cadavre de son fils.

«Ils (les rebelles) peuvent me donner des indices pour trouver les restes de Julian. Je souhaite les rencontrer ... Si j'obtiens une piste, la Croix-Rouge internationale est prête à coopérer davantage pour trouver le corps, a déclaré Castro.

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Lundi 19 janvier 2009 1 19 /01 /2009 13:26

16/01/2009 - Le Monde, Univision

Zenaida Rueda, 37 ans, veut retrouver ses enfants et retourner à l'école, le rêve de tout guérillero déserteur. Le 2 janvier, elle a quitté les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, extrême gauche), en compagnie d'un otage dont elle avait la garde. Le montant de la récompense, qui lui sera versé dans le cadre de la politique d'incitation à la désertion, est à l'étude, a précisé le ministre de la défense colombien, Juan Manuel Santos.

Zenaida, un beau visage et la voix calme, a passé la moitié de sa vie dans le maquis. "A l'époque, la guérilla voulait que chaque famille paysanne donne un enfant", a-t-elle expliqué à la radio. Sa soeur aînée avait un enfant, ses frères étaient trop jeunes. C'est donc elle qui prend le maquis en 1991, sans conviction apparemment.

Sous le surnom de "Miryam", elle apprend le maniement du fusil mitrailleur, tombe amoureuse puis enceinte et accouche d'un garçon. "J'ai eu de la chance, le commandant du groupe où je me trouvais ne m'a pas obligée à avorter, mais j'ai dû laisser mon enfant à une famille de là-bas", raconte-t-elle. "Vous l'avez donc abandonné ?", interroge la journaliste. "Dans la guérilla, ce n'est pas comme dans le civil. Les femmes ne peuvent pas élever leurs enfants. C'est la règle. Evidemment ce n'est pas compréhensible - tous les animaux s'occupent de leurs petits -, mais on n'a pas le choix", répond Zenaida. Elle a appris un jour que le père de son premier enfant avait été fusillé par ses compagnons d'armes, pour tentative de désertion.

En 2002, Miryam tombe à nouveau enceinte. Elle a rencontré Gustavo dans un "hôpital" de la guérilla, au fond de la jungle. Elle souffrait de paludisme, lui avait été blessé au combat. Leur bébé, Diego Andres, a été lui aussi confié à une famille du coin.


DÉSENCHANTÉE

Commerçant aisé, Juan Fernando Samudio a été séquestré en mai 2007, dans le sud de Bogota. Sa famille a, semble-t-il, payé plusieurs fois les sommes exigées pour sa libération par les FARC, mais sans succès. Au printemps 2008, Miryam est assignée à sa surveillance. Juan Fernando la trouve désenchantée et fatiguée. La confiance s'établit doucement.

A la radio, ils entendent raconter l'exploit d'un guérillero qui, en décembre 2008, est parti vivre à Paris après avoir déserté avec un otage détenu depuis huit ans. Miryam et Juan Fernando planifient ensemble leur évasion. Connaissant la région, elle attend d'être "pas trop loin" d'un poste militaire. Il leur faudra dix heures de marche pour y arriver.

Les autorités veulent retrouver les enfants de Zenaida, aujourd'hui âgés de 17 et 5 ans. Selon le quotidien El Tiempo, Gustavo s'est manifesté samedi 10 janvier. Handicapé par sa blessure, et de ce fait autorisé à quitter la guérilla en 2003, il aurait confié Diego Andres à une tante. Une fois qu'elle aura récupéré ses fils, Zenaida ne veut pas partir en France. Elle préférerait Panama. Juan Fernando lui a raconté qu'"on y parlait espagnol comme en Colombie, qu'on y mangeait presque comme en Colombie et qu'il y avait la mer".

Par Marseille por la LIBERTAD! - Publié dans : Nouvelles de la Colombie
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Jeudi 15 janvier 2009 4 15 /01 /2009 14:21

15/01/2009 - BBC Mundo

Une stratégie qui combine promesse de liberté et récompenses sonnantes et trébuchantes pour les guérilleros qui libèreraient des kidnappés semble porter des fruits en Colombie.

Cette stratégie, connue sous le nom « l'effet Isaza », a été mise en route fin octobre passé, quand un guérillero des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) s'est échappé avec l'ex congressiste Oscar Tulio Lizcano.

Comme récompense pour la libération de ce politicien qui était détenu depuis huit ans et demi, le gouvernement du président Álvaro Uribe a décidé de donner la liberté provisoire et une récompense de 500.000 US$ à Wilson Bueno, alias « Isaza ».

Mais l'homme et sa fiancée ont été envoyés, par la suite,  résider en France, à la suite de menaces qui ont été proférées contre eux.

Le gouvernement colombien a décidé de promouvoir ce type de récompense comme une stratégie pour que d'autres guérilleros libèrent une trentaine d'otages, politiques et militaires, qui sont détenus par les Farc pour des motifs politiques depuis plusieurs années.

Mais l'offre n'a réellement fonctionné que pour des kidnappés "pour motifs économiques".

Depuis la libération de Lizcano trois autres guérilleros des FARC ont suivi l'exemple d'Isaza et se sont enfuis de leurs campements avec un nombre égal de kidnappés.

Le cas plus récent est arrivé au début de cette semaine, dans l'est du pays, quand deux rebelles ont échappé avec une paire de kidnappés - parmi ceux-ci un mineur de 14 ans qu'ils avaient kidnappés en décembre passé et pour lesquells les FARC exigeaient de grosses rançons.

« Quatre Isazas »

Enthousiasmé par les résultats de cette stratégie, Uribe a annoncé : « Nous avons déjà quatre Isazas et nous espérons en avoir beaucoup plus ».

Le président a défendu ses résultats et il a posé la question : « Pour Isaza quel sort est préférable, celui de la forêt, en maltraitant des kidnappés, ou celui qui a permis que ce kidnappé retrouve la liberté et que lui et sa fiancée puissent se promener sur les Champs Elysées à Paris ? ».

Uribe a été plus loin, il a étendu son offre aux chefs des FARC et il a parlé plus spécifiquement de l'un d'entre eux, Jorge Briceño, Mono Jojoy, dont on croit qu'il a des problèmes de santé.

« Si Mono Jojoy libère les kidnappés, s'il abandonne la guérilla, il ne va pas être gracié ni recevoir une amnistie, mais il peut avoir la liberté », a expliqué Uribe.

La législation colombienne interdit d'accorder des grâces ou une amnistie aux responsables d'un kidnapping, mais elle n'interdit pas qu'on leur accorde d'autres bénéfices comme la liberté provisoire.

Des récompenses qui encouragent le kidnapping ?

Jusqu'à présent l'offre du gouvernement a seulement fonctionné avec des guérilleros "de base" et, en plus, a suscité des critiques.

La journaliste María Jimena Duzán, de la revue Semana, a déclaré à BBC Mundo que les trois guérilleros qui avaient imité Isaza ont rendu la liberté à des personnes qui avaient été kidnappées il y a très peu de temps. Elle croit que l'offre du gouvernement « pourrait encourager les Farc à commettre des kidnappings ».

L'ex sénateur et le candidat présidentiel Rafaël Pardo Rueda, qui avait signé la paix avec l'ex guérilla du M-19, pense que la stratégie du gouvernement « aurait du sens dans la mesure où elle faisait partie d'une politique claire, mais ce n'est pas le cas à l'heure actuelle ».

« Comme les choses se passent en ce moment, le gouvernement paye pour le kidnapping. Un guérillero kidnappe une personne et, au lieu de demander une rançon, c'est le gouvernement qui le paye », ajoute Pardo.

Pardo et Duzán font tous deux remarquer que, étant donné les difficultés qu'a eues le Ministère public pour donner la liberté provisoire à Isaza, on tombe dans la casuistique.

« Nous allons finir par voter un décret différent pour chaque guérillero qui s'échappe et qui a besoin de la liberté », ajoute Duzán.

Pardo, lui, souligne qu'à ce rythme, « on dévalorise la politique criminelle ». En outre, il n'est pas non plus convaincu qu'Uribe puisse décider par lui-même le sort juridique de personnes contre lesquelles pèsent tant de charges, comme les chefs de la guérilla.

Pendant ce temps le débat se poursuit,et  le gouvernement est satisfait par la quantité de guérilleros qui auraient abandonné les armes.

Selon Uribe, 3.500 guérilleros, en majorité des FARC, auraient déserté en 2008. Et déjà pour 2009 il y en aurait déjà 90.

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Jeudi 15 janvier 2009 4 15 /01 /2009 13:54

Par LEXPRESS.fr, publié le 14/01/2009 11:03 - mis à jour le 14/01/2009 12:33

 

Le gouvernement colombien réclame "immédiatement" à la guérilla marxiste de relâcher les six otages qu'elle lui avait promis de libérer si toutes ses conditions étaient honorées.

Le Haut commissaire pour la paix, responsable du gouvernement colombien du dossier des Forces Armées révolutionnaires colombiennes (Farc), a exigé mardi soir que la guérilla lui communique le point et la date de rendez-vous pour la libération de six otages politiques que les Farc s'étaient engagées à relâcher.

"Compte-tenu des conditions (réunies) pour la libération des otages, il ne reste plus que les Farc tiennent parole et livrent, de manière immédiate, le jour et le lieu de la libération", a déclaré dans un comuniqué Luis Carlos Restrepo.

Le texte détaille les garanties offertes par le gouvernement, dont l'acceptation de l'intervention logistique du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et le mandat conféré à celui-ci pour qu'il engage à l'étranger si nécessaire des moyens tels que des hélicoptères.                 

Intervention de la Croix-Rouge

Luis Carlos Restrepo souligne que le gouvernement a accepté la présence, demandée par les Farc, d'un garant international en proposant lundi que ce rôle soit confié à une personne mandatée par le Vatican ou l'église catholique.

Les Farc avaient annoncé le 21 décembre qu'elles libéreraient prochainement six otages, dont trois policiers, un soldat, un ancien gouverneur et un ex-député.

Les otages, avait annoncé la guérilla, seraient remis en deux phases à une commission dirigée par la sénatrice d'opposition Piedad Cordoba.

Depuis, la guérilla marxiste a accepté l'intervention du CICR mais a aussi exigé, le 7 janvier, la présence d'un garant international et ni les modalités de la libération ni la date et le lieu ne semblent avoir été communiqués à la commission.  

Uribe refuse Chavez 

La guérilla colombienne des Farc avait demandé dans un communiqué diffusé sur internet le 7 janvier l'intervention d'une personnalité internationale, initialement refusée par le président colombien, dans le processus de remise des six otages.                 

"Nous sommes d'accord pour que le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) participe à une telle gestion humanitaire", écrivaient les Forces armées révolutionnaires de Colombie dans ce texte diffusé par l'agence Anncol, souvent utilisée pour diffuser leurs messages.

"Il serait important que le président (Alvaro Uribe) décide avant tout s'il est vraiment intéressé par le retour rapide des six prisonniers dans leurs foyers ou si une fois de plus il fera prévaloir ses haines viscérales sur toute considération humanitaire", concluait le texte.

La sénatrice Piedad Cordoba, du Parti libéral, avait ensuite souhaité une participation au processus de libération du président vénézuélien Hugo Chavez déjà sollicité en 2007 pour une médiation. Alvaro Uribe avait refusé avec fermeté, acceptant uniquement une intervention du CICR.

Les Farc détiennent encore 28 otages dits politiques - c'est-à-dire échangeables contre des guérilleros capturés par les autorités - et 350 à 700 otages "ordinaires", enlevés pour exiger une rançon

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Mardi 13 janvier 2009 2 13 /01 /2009 07:54

Bogota, 12 janvier 2009 (Apic)

Un tribunal colombien a formellement incriminé des chefs paramilitaires pour l’assassinat de deux syndicalistes.

   Rodrigo Tovar Pupo, ex-chef des groupes paramilitaires actifs dans le Nord du pays, a été extradé en mai dernier aux Etats-Unis. Son lieutenant Oscar José Ospino, est actuellement recherché. Les deux sont accusés du meurtre de deux syndicalistes, a indiqué le Parquet général de la République.
http://www.kipa-apic.ch/index.php?pw=&na=0,0,0,0,f&ki=190715

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Mardi 23 décembre 2008 2 23 /12 /2008 08:43

AUTEUR:  Néstor KOHAN

Traduit par  Esteban G., révisé par Fausto Giudice
 

 

Une des principales réalisations de la fabrication industrielle du consensus consiste dans la suppression a priori de toute dissidence radicale. Il s'agit d'écraser à l'avance toute pensée critique et jusqu'à la possibilité la plus minime d'opposition sérieuse au système.

En mélangeant dans un même collage les images les plus sombres des romans anti-utopiques classiques (Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley, 1984 de George Orwell ou Fahrenheit 451 de Ray Bradbury) avec les histoires les plus truculentes de terreur infantile, les usines de communication de l'impérialisme ont fabriqué un nouveau fantasme, macabre, ténébreux et menaçant. Il s'agit du supposé « narco-terrorisme », remplaçant l’ancien épouvantail connu sous le nom de« conspiration communiste », typique du cinéma de la guerre froide.

Ils ont ainsi fabriqué un nouveau démon, complètement amorphe, omniprésent, incommensurable, impensable et même inimaginable.

Ce nouveau Lucifer que poursuit la chasse aux sorcières contemporaine, sport préféré du néo-maccarthysme, assume divers noms et divers visages, selon l’air du temps. Un des plus célèbres est celui des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie-Armée du Peuple (FARC-EP), ennemi mortel dans toutes hypothèses de conflit maniées par les yankees.

Derrière les toiles d'araignée désinformatrices du pouvoir, au-delà du labyrinthe de manipulation de dépêches, d’agences et de communiqués officiels, de l'autre côté des opérations de guerre psychologique, des campagnes médiatiques et du totalitarisme culturel, comment les FARC-EP seraient-elles réellement? Quel visage ces guérilleros sans signe auront-ils dans l'intimité, sans visage et sans nom ? Quelles habitudes leur vie quotidienne assumera-t-elle ? De quoi rêveront-ils chaque nuit et chaque matin, à chaque anniversaire et chaque 31 décembre ?

Pour imaginer la vie des guérillas nous disposons de ces récits épiques du Che Guevara (Passages de la guerre révolutionnaire), d'Omar Cabezas (La montagne est un peu plus qu'une immense steppe verte) ou le classique Jorge Ricardo Masetti (Ceux qui luttent et ceux qui pleurent). Dans tous ces cas, il s'agit de récits sur Cuba et le Nicaragua. Cependant, du mieux que l’on sache, excepté deux excellentes biographies de Manuel Marulanda écrites par l'historien Arturo Alape (Les vies de Pedro Antonio Marin, les rêves et les montagnes), la révolution colombienne n'a pas encore de récit qui nous montre le monde quotidien de l’insurrection. Les FARC attendent ces récits, une tâche qui a commencé à être comblée au cinéma par le film récent ‘Guérilla’ (du réalisateur danois Frank Piasecki Poulsen, disponible sur Internet). Un excellent documentaire qui met un visage quotidien sur le spectre itinérant et clandestin de la guérilla. Fantasme qui est craint, haï ou admiré, mais toujours méconnu.

L'historien uruguayen Ezequiel Rodriguez Labriego a eu cette année le privilège de connaître in vivo et en direct la vie intime et quotidienne des guérilleros colombiens, le supposé « monstre », selon l’imaginaire inquisitorial du Pentagone, de la CNN, d’Uribe et l'extrême-droite troglodyte.

Avec un prêtre français, deux sociologues italiens et un journaliste usaméricain, Rodriguez Labriego a visité dans les montagnes de Colombie les campements des FARC. Là-bas, il a pu observer, dialoguer et cohabiter avec les combattants de cette armée du peuple qui en plein XXIème siècle continue à harceler l'impérialisme yankee et ses arrogantes bases militaires avec les drapeaux chers à Simón Bolívar, Che Guevara et Manuel Marulanda.

Nous publions une partie de l'entrevue que nous avons eu avec Rodriguez Labriego, en focalisant sur les aspects les plus quotidiens de son expérience, ceux qui humanisent les combattants et les combattantes communistes, il les sort de l'image gothique et monstrueuse que la CIA a dessiné pour les diaboliser, en les remettant sur le simple terrain mais magnifique de la construction de l'homme nouveau et de la femme nouvelle du XXIème siècle.

L'interview avec l'historien uruguayen qui s’est prêté très aimablement à nos questions a été effectuée à l'Université de Rio de Janeiro (Brésil) le 28 octobre 2008, à cette même occasion nous avons également eu l'honneur de connaître et dialoguer avec l'historienne brésilienne Anita Prestes, fille d'un autre combattant révolutionnaire légendaire d'Amérique latine, Luis Carlos Prestes.

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Néstor Kohan: Pourquoi vous est-il venu à l’esprit d’aller connaître les FARC ?

Ezequiel Rodriguez Labriego : Pour de multiples raisons, mais deux principalement. D'abord, par une curiosité qui m'est apparue en lisant le livre ‘Rebelles primitifs’ du célèbre historien marxiste britannique Eric Hobsbawm, lorsqu’il analyse diverses rébellions paysannes et dit, en se référant aux FARC (Hobsbawm les a connues le premier), que le cas colombien constitue « la plus grande mobilisation paysanne de l'hémisphère occidental ». Deuxièmement, parce que je suis surpris, gêné et indigné par le silence total - souvent proche de la complicité avec le pouvoir - qui aujourd'hui entoure et couvre la Colombie. Alors, je me demande : allons-nous accorder crédit au terroriste et au va-t-en-guerre Uribe ? Allons-nous le croire ? Allons-nous nous taire sur le génocide dont souffre aujourd'hui le peuple colombien ? Pour ces raisons, certaines historiques, d’autres présentes, je voulais connaître les FARC de manière directe, sans « filtre » maccarthyste. C'est pourquoi j'y suis allé. Je t'assure que je ne le regrette pas.

Néstor Kohan: Comment avez-vous voyagé jusqu’aux campements ?

Ezequiel Rodriguez Labriego : Bon, ce fut une longue traversée. Ce n'est pas facile d'y accéder. Plusieurs jours d’autobus, camion, camionnette, à dos de mulet, beaucoup de précautions, collines pentues, descentes abruptes, passages de rivières ou de ruisseaux et finalement des marches dans la montagne, dans la boue et sous la pluie, pendant que les combattants qui nous guidaient nous racontaient des histoires sur la geste de Simón Bolívar. C’était réellement émouvant de sentir que Bolívar les accompagnait, qu’il n'était pas une figure simplement décorative ou simple objet d'étude, comme c’est habituellement le cas à l’école lorsqu’on étudie l'histoire de l'Amérique latine.

Néstor Kohan: Quelle image ces jeunes guérilleros avaient-ils de Bolívar ?

Ezequiel Rodriguez Labriego : J’ai eu l’impression que les jeunes des FARC, voyaient Bolívar comme étant un de leurs camarades, comme un combattant de plus. Ils s’imaginaient, par exemple, que Bolívar, bien qu’il apparaisse sur toutes les places avec sa statue sculptée ou en photo à cheval et le geste napoléonien, de conquérant, marchait en réalité à dos de mulet, puisque dans ces montagnes où il a combattu, le cheval se déplace avec difficulté alors que le noble mulet, bien que moins élégant et majestueux, peut s’arranger pour monter et descendre ces sentiers pentus, glissants et boueux. Ils se demandaient, également, si Bolívar aimait danser, s'il s’échappait voir des filles (ils disaient, en plaisantant, que lorsque le Libertador allait voir sa fiancée il ne pouvait pas y aller en mulet, là il devait y aller à cheval… pour avoir meilleure « prestance » comme un Don Juan [Rires]). Ils se demandaient également si Bolívar n'avait pas la peau foncée et les cheveux bouclés, plutôt que pâlichon comme il apparaît… Pour ces combattants Bolívar était un être humain en chair et en os, avec une vie quotidienne comme chacun d'eux, et non un morceau de bronze, une statue morte et pétrifiée.

 

Néstor Kohan: Comment s’est passée votre arrivée ?

Ezequiel Rodríguez Labriego: Tous crottés! [Rires]. Nous sommes tombés plusieurs fois. Les combattants nous ont solidairement aidés à nous relever. Ils essayaient de nous aider. Ils nous encourageaient. Là nous avons découvert un détail pratique, aucune chaussure de ville ne peut servir pour ces endroits. Les combattants révolutionnaires sont habitués à marcher dans ces bourbiers de 20 ou 30 centimètres de profondeur comme quelque chose de « normal ». Comme il pleuvait énormément ils nous ont prêté des capes imperméables. C’est là que j'ai entendu la première des nombreuses plaisanteries. Au prêtre français et à moi-même ils nous ont baptisés « Batman et Robin de la première génération, avant qu'on invente l'automobile, lorsque l’on marchait encore à dos d’âne ». [Rires]. La première approche avec les guérilleros communistes s’est faite avec une plaisanterie. À la fin de l'expérience, nous partirons avec une autre plaisanterie. Quand nous sommes partis, au moment de nous séparer, ils nous ont dit : « Cette terre vous salue et vous dit au revoir avec fierté…Ce n’est pas n’importe qui qui a le courage de l'embrasser avec le cul… », en faisant allusion avec ironie à nos chutes dans la boue. [Rires]. L'humour était tout le temps présent.

Néstor Kohan: N’avez-vous pas trouvé les gens des FARC abattus, démoralisés et la tête basse ?

Ezequiel Rodriguez Labriego : Non ! Au contraire ! Je les ai trouvés gais, avec un bon moral, une conviction très forte et assurés qu'ils vont triompher. Ce n'était pas un faux-semblant ou une mise en scène. On les voyait sûrs d’eux. J'attribue cela à l'humour et aux plaisanteries (entre eux et avec les visiteurs, toujours dans un ton de cordialité, d'amitié solidaire et de camaraderie). S'ils étaient abattus , comme les présentent le président Uribe et les renseignements militaires colombiens, ainsi que les grands multimédias qui diffusent les communiqués des Forces Armées et leur vision de la guerre, s'ils se sentaient vaincus, en pensant qu'ils vont être écrasés et anéantis - surtout par une armée aussi sauvage et sans pitié que celle de Colombie, conseillée et dirigée sur le terrain-même par les yankees- Ils ne seraient pas là à faire des blagues ou à plaisanter. C’est du sens commun. Non ? L'humour exprime quelque chose. Je crois qu'il est le produit d'un grand moral combattif et d'une forte conviction dans la victoire populaire.

Néstor Kohan: L’accès aux campements était-il direct?

Ezequiel Rodriguez Labriego : Non, d’abord il fallait faire beaucoup de détours. Mais ce qui m'a le plus surpris c’est le contact rapproché avec des populations qui les aident et les soutiennent. La propagande officielle, dont les grands moyens de communication se font l’écho, les décrit comme des brigands, comme une bande de fugitifs armés et sans idéologie, isolés du peuple ou prisonniers dans le temps. J'ai vu une autre chose bien plus différente. Je ne l'ai pas lu, on ne me l'a pas raconté, je l'ai vu de mes propres yeux. Des gens communs des hameaux et des villages qui les soutiennent, en majorité des travailleurs, paysans, vêtus très humblement. Des femmes du peuple avec beaucoup d’enfants (je me souviens par exemple d’une dame, très jeune, très humble, avec trois enfants sur le dos d’un mulet et elle qui allait à pied enceinte d'un quatrième enfant…). Tous ces gens des hameaux, des civils, parlent d'eux, des combattants des FARC et de leurs campements dans la montagne, en disant « là-haut », « les gens d'en haut », « les camarades »… (En Colombie on n'utilise presque pas le mot « compañero», tout le monde s’appelle « camarada », c’est beaucoup plus commun). Ces expressions sont des références relatives aux campements de montagne des FARC. Les gens des hameaux leur font passer de la nourriture, des cigarettes, diverses choses. Un groupe révolutionnaire qui manquerait d'appui populaire ne compterait pas sur cette sympathie et cette collaboration. C'est pourquoi les militaires et paramilitaires de Colombie assassinent autant de civils, parce que ces derniers soutiennent la guérilla. L'appui qu’ils donnent au FARC est évident. Je l'ai vu. Les FARC et leurs fronts de travail politique font un travail social avec les gens, avec les populations : ils vaccinent les gamins, construisent des écoles, des dispensaires de santé, des chemins, des petits barrages pour les rivières, ils s’occupent de l’enseignement des enfants non scolarisés (dans la campagne beaucoup sont sans éducation scolaire). Pour résumer, j'ai vu beaucoup de familles et beaucoup d'enfants autour des FARC. En définitif c’est une guérilla populaire.

Néstor Kohan: Comment avez-vous été reçus dans les campements ?

Ezequiel Rodriguez Labriego : Le premier contact a eu lieu avec les postes de garde. Nous avancions en essayant de regarder le sol boueux, pour ne pas tomber ni glisser, et à un moment donné, en levant la tête, nous avons été surpris par la présence des gardes du campement, ils étaient à un demi-mètre de nous [Rires]. Ils veillaient au campement à cause des risques d’incursion de l'armée. Nos premiers mots ont été « nous ne pouvons pas vous serrer la main parce que nous sommes tous plein de boue » [Rires]. Nous étions tombés sur eux sans les avoir vus. Ensuite nous avons continué à monter et sommes arrivés au poste de commandement. Là les commandants nous ont reçus. Ils ont été très aimables. Nous nous sommes assis autour d'une table emplie de livres. Ensuite ils ont porté les repas. Il y avait beaucoup de livres et, je le répète, beaucoup de blagues. Il y avait tout le temps des rires, j’étais surpris de tout cet humour. J’imaginais trouver des gens très sérieux, comme dans les films et j’ai trouvé quelque chose de très différent. Beaucoup de plaisanteries. Les Colombiens appellent cela « mamar gallos» [faire marcher (quelqu’un)] c'est-à-dire, faire des blagues, plaisanter. Tout au long de l'expérience, en diverses occasions, lorsque je posais des questions je devais demander plusieurs fois, parce que les premières réponses étaient assurément des plaisanteries. Je n'ai pas eu de mal à m’y habituer, nous aussi nous commencions à renvoyer les plaisanteries (bien que les visiteurs européens avaient des difficultés à comprendre les ironies). De ces combattants, ces garçons et filles, rien n’est plus loin, que la tristesse, la sensation de défaite ou le découragement.

Néstor Kohan: Êtes-vous arrivés de nuit ou de jour?

Ezequiel Rodríguez Labriego: C’était en pleine nuit, on ne voyait rien. La forêt est très sombre. Les arbres sont hauts, très hauts. La végétation est épaisse. Il y a parfois de la brume.

Néstor Kohan: S’éclairent-ils avec des lanternes comme dans nos camps où il n'y a pas d’électricité ?

Ezequiel Rodriguez Labriego: Non! [Rires]. C’est différent des camps que nous sommes habitués à voir. Il y avait très peu de lumière, parce que les avions de l'armée colombienne disposent d’une nouvelle technologie militaire fournie par les USA. Cette nouvelle technologie de contrôle, qui facilite la répression de l'armée, fonctionne avec l'utilisation du satellite, par des ballons espions et jusqu'à des drones équipés d’instruments qui détectent en temps réel, concentrations de fumée, chaleur et lumière dans la forêt et ainsi, les avions militaires arrivent automatiquement et commencent à bombarder. Par conséquent de nuit il y a très peu de lumière. Mais lors de cette première rencontre nous nous sommes vus tout de même les visages. Il y avait un petit foyer et des lanternes. Soudain un combattant donne l’alerte « Avion… » et tout le monde éteint la lanterne. Le campement entier est dans l’obscurité et on ne voit absolument rien. C’est alors que vient fleurir rien moins qu’une nouvelle plaisanterie. Comme dans la guérilla on ne sait pas si le bruit provient d’avions commerciaux ou d’avions militaires, c'est-à-dire, de bombardiers des forces armées, ils se réfèrent simplement à l'avion comme « le jet » qui est prononcé « el je » (sans le « t » final), et ils t’expliquent en riant qu'il s'agit « du je… celui qui est plein de bombes… ». Un humour très caustique.

Néstor Kohan: Écoutaient-ils de la musique ?

Ezequiel Rodriguez Labriego: En réalité il y avait beaucoup de silence, on entendait seulement les bruits de la forêt, les grillons, la pluie, les branches qui bougeaient quand il y avait du vent, peut-être le ruissellement de quelque cours d’eau, bien qu’au loin on entendait certains qui écoutaient des informations. C’était en fait « la guerrillereada » comme s’appellent familièrement les gens de la guérilla, qui écoutait les nouvelles… Bien qu'un jour ils nous ont fait écouter la musique des FARC, écrite et interprétée par les FARC elles-mêmes, avec des vers révolutionnaires et la musique de différents rythmes : rock, merengue, tango, salsa, ballenato, etc. Nous l'avons écoutée à partir d’un ordinateur. Les dimanches, oui, il y a de la musique, qu’ils interprètent. Les jeunes chantent et jouent de la guitare et de l'accordéon.

Néstor Kohan: Quels ont été les premiers récits et les premiers entretiens ?

Ezequiel Rodríguez Labriego: Évidemment tout a commencé par des discussions politiques. La situation en Colombie, la violation des droits humains par Uribe dont personne ne parle, alors que semaine après semaine des dirigeants syndicaux sont enlevés et assassinés, de même que des paysans, prêtres, religieuses, étudiants, etc. Nous avons également parlé du traitement terrible que reçoivent les combattants capturés par l’armée, la nécessité de la solidarité internationale, les débats actuels du marxisme, etc. Mais au moment d’aller se coucher un autre type d'histoires est ressorti. Histoires d'ours, de tigres (les tigres qui mangent les animaux domestiques des gens), les couleuvres… Heureusement à la fin, juste en partant, j'ai compris que ce que les Colombiens, appellent « couleuvres » ce qu’on appelle vipères en Uruguay. Moi je pensais qu'ils parlaient de petites couleuvres de 10, 15 ou 20 centimètres de long mais en réalité il s’agissait de couleuvres de deux ou trois mètres [Rires]. Heureusement que dernièrement j’ai découvert le malentendu! [Rires]. Ils m'ont raconté une histoire - une parmi ces multiples histoires avec cette candeur magique où la forêt acquiert la vie avec ces habitants des montagnes - sur un guérillero qui capturait les vipères à la main, il leur parlait et ensuite il ne les tuait pas, il les relâchait. Et les couleuvres partaient en serpentant…parce qu'elles étaient humiliées ! [Rires] elles bougeaient ainsi à cause de l’humiliation face à l'homme, face au guérillero, face au paysan [Rires]. Nous avons commencé à plaisanter, que nous espérions que les couleuvres qui étaient de la famille de cette vipère humiliée ne viennent pas venger leur parente… [Rires]. Ils nous racontaient aussi l'histoire d'un autre guérillero qui parlait avec les petites bêtes des bois, ils l’appelaient affectueusement « le fou ». Il paraît qu'il était un des meilleurs guérilleros par sa « mystique », par son engagement et sa discipline, mais ils plaisantaient en disant qu'il était « fou » par ses traits d’esprits et ses plaisanteries permanentes ou parce qu'il parlait avec les animaux des bois.

Néstor Kohan: Où dormaient-ils ?

Ezequiel Rodríguez Labriego: Dans des tentes. Il y avait des lits en canne, en bois, en sciure. Il y avait des matelas. Des bâches pour se protéger de la pluie. De la boue. Je dois souligner l'effort que ces gens faisaient pour le confort de leurs hôtes. Par moments la pluie était torrentielle, il n'y a pas eu un seul jour sans qu’il ne pleuve dans les campements. La boue était omniprésente. Dans la pluie ou le brouillard, on pouvait tout le temps sentir cette odeur de terre mouillée. Dans ce panorama ils s'efforçaient de nous offrir le plus grand confort. Ils nous ont expliqué que les guérilleros doivent dormir avec une grande partie de leurs affaires toutes prêtes dans le cas où se présente une situation d'« ordre public », de combat ou d’assaut militaire imminent.

Néstor Kohan: À quelle heure se lèvent-ils ?

Ezequiel Rodríguez Labriego: Très tôt. Avant 5h du matin. La vie dans la montagne et dans le camp est très différente de celle de la ville. Tout commence plus tôt et tout s’arrête plus tôt. Il y a même eu un jour, où les commandants ont voulu lire, discuter et débattre des thèses d'un livre qui parlait de la Colombie et de l'Amérique latine, paraît-il très polémique, eh bien ils se sont levés à 3h du matin. Là tout est écouté [tout ce qui se dit de par le monde]. De notre tente au loin, nous écoutions le débat. Il faut être très politisé et être animé par le désir de critique pour se lever à 3h du matin… pour débattre d'un livre ! pas vrai ? Rien n’est plus loin de la réalité que j'ai vécue que l'image officielle « de brigands narcotrafiquants sans idéologie ».

 

Néstor Kohan: Que mangeaient-ils au petit déjeuner ?

Ezequiel Rodríguez Labriego: La première chose qu’ils prennent, vers 5h du matin, c’est un « tinto ». Non ce n’est pas du vin ! [Rires], ils appellent « tinto » le café noir. Puis, plus tard, vers 7h du matin, on déjeune beaucoup plus, des galettes (fabriquées avec la farine de maïs), des œufs, etc. Beaucoup de nourriture, pas seulement pour les hôtes ou les visites internationales. Un ancien guérillero nous a expliqué que les FARC offrent à leurs combattants de la bonne alimentation entre autres choses afin de se prémunir des maladies. Un guérillero mal nourri peut tomber malade plus facilement. Même en termes de coût, il vaut mieux bien manger que guérir des malades. Chaque combattant a aussi sa brosse à dents et son dentifrice pour prévenir les maladies bucco-dentaires.

Néstor Kohan: Comment se déroulait la vie durant le jour? S’entrainent-ils tout le temps au tir ?

Ezequiel Rodríguez Labriego: Non, ils sont de très bons tireurs (les militaires surnommaient le commandant Marulanda « Tirofijo », « en plein dans le mille »), mais en réalité, la plus grande partie du jour, le campement entier est un gigantesque collectif de travail. Ils travaillent énormément pendant la journée ! Il y a des groupes de travail par escouade de combat. Ils coupent du bois de chauffage, scient, travaillent le bois, ils lavent, cuisinent, construisent, déplacent différents matériels. Les campements ressemblent plus à de grands collectifs de travailleurs qu’à autre chose. C'est pourquoi, ils nous expliquaient, la nécessité d'une bonne alimentation : la grande quantité de travail physique. Les femmes travaillent à l'égal des hommes, à tout point de vue. Dans la forêt les femmes et les hommes marchent avec des sacs à dos pesant à peu près 30 kg (eux ils s’expriment et mesurent en livres) avec vêtements, armes, munitions, nourriture, etc.

Néstor Kohan: Y avait-il des femmes dans la guérilla ?

Ezequiel Rodríguez Labriego: Beaucoup ! Elles portaient de longues armes (divers types de fusils), l’uniforme des FARC et, en même temps, des boucles d’oreilles, des bagues ou les ongles peints. Elles portaient les mêmes charges que les hommes et tout le monde travaillait à égalité.

Néstor Kohan: Qui faisait la cuisine ?

Ezequiel Rodríguez Labriego: Il y avait plusieurs cuisines, avec des fours qu’ils fabriquaient eux-mêmes de style vietnamien ou cubain, comme ils nous l’expliquaient. Ils appellent cela « ranchas » [popote]. J’ai vu les gens cuisiner, autant les femmes que les hommes, les deux à égalité.

Néstor Kohan: Étaient-ils habillés tous de la même façon?

Ezequiel Rodríguez Labriego: Oui, avec un uniforme vert olive et les insignes des FARC-EP. Hommes et femmes étaient tous d’une grande propreté. S'ils nous voyaient plein de boue (suite aux marches) ils nous faisaient des plaisanteries, en nous suggérant de nous changer. Chaque combattant a plus d’un uniforme, qu'ils confectionnent eux-mêmes. La propreté des combattants est réglementée. Au milieu de ce bourbier tout le monde était propre. Incroyable ! Si ma perception ne me trompe pas, savoir marcher de longues journées dans la boue sans se salir, de cela ils étaient fiers. Ils se sentaient fiers d'être ainsi, si propres au milieu de la forêt. Même qu’ils nous demandaient avec ironie pourquoi nous étions plein de boue en nous disant : « Vous n’êtes pas habitués à marcher dans la boue, n'est-ce-pas ? ». Et en même temps, tout naturellement, quelques combattants nous demandaient aussi : « Sérieusement c’est la première fois que vous visitez des campements de guérilleros ?  »… comme si c’était le plus normal du monde… [Rires]. Ils s’habillaient de la même façon mais il y avait une grande variété de personnes. Nous avons vu des combattants blancs, métis, indigènes, afro-descendants, hommes et femmes. On les sentait intégrés, dans un collectif intégré. Par exemple, j'ai vu des gens blancs cuisiner et servir des gens métis ou afro-descendants. Tout le contraire du capitalisme raciste et de la discrimination à laquelle notre société nous a déjà habitués.

Néstor Kohan: Toute la tournée ils ne faisaient que travailler ?

Ezequiel Rodríguez Labriego: Non, en plus de manger, travailler et se reposer, j'ai vu aussi des réunions et des discussions qu'ils faisaient l'après-midi. Ils appellent ces réunions « l'heure culturelle ». En réalité elles durent une heure et demie ou deux heures. D'abord, ils se rassemblent et écoutent des informations, pour ensuite les analyser. Puis ils débattent de l’information du jour dans une sorte d'assemblée.

Néstor Kohan: Quel type d’informations?

Ezequiel Rodríguez Labriego: Principalement des informations sur la Colombie et l’Amérique Latine. Mais également sur d’autres parties du monde.

Néstor Kohan: D’où obtiennent-ils les informations dans la jungle et en pleine montagne?

Ezequiel Rodríguez Labriego: De la radio et de la télé. Ils regardent la télé à une certaine heure de la journée. Principalement des journaux d’informations, par exemple TELESUR. Ils obtiennent aussi des nouvelles de Caracol, etc. mais en outre ils regardent des séries télé, des matches de football, etc. Je me souviens d’une de leurs nombreuses blagues: « Untel est un léniniste strict, pour lui la première chose est le partido… le partido de football » [Rires]. Cette personne ne ratait un match pour rien au monde. [En espagnol partido signifie à la fois parti politique et partie, match, NdT.]

Néstor Kohan: Comment débattaient-ils ?

Ezequiel Rodríguez Labriego: En groupes, par escouade. Les escouades sont les structures de combat les plus petites, mais en même temps elles sont des cellules politiques [dans la tradition de la pensée léniniste, les « cellules » constituent la forme d'organisation la plus petite de tout parti politique, NdA]. Ce qui est intéressant c’est que chaque escouade a son commandant mais elle a aussi son secrétaire politique. La même personne ne peut pas exercer les deux fonctions. De cette manière la démocratie interne des FARC et la possibilité du débat est garantie. Donc durant les heures culturelles consacrées à l'information, l'éducation et le débat, chaque escouade est responsable de transmettre les informations. Après que chaque escouade a parlé, commence alors le débat collectif sur les informations. Là se font les analyses critiques. Toutes et tous prennent la parole, la discussion circule. Tous et toutes participent, qu’ils soient meilleurs orateurs avec des discours plus fluides, jusqu'à ceux qui ont plus de difficultés pour parler ou lire en public. Ce qui est frappant c’est qu'ils parlent et débattent dans l’obscurité ou avec une faible lumière. En assistant à ces débats, il me vient en mémoire les récits du marxiste américain John Reed lorsqu’il écrivait l'histoire de la révolution bolchévique. John Reed, ce journaliste des USA, s’étonnait que les soldats bolcheviques de Lénine, même en ayant faim et au milieu de la guerre, se désespéraient pour recevoir des informations ou des livres au front même du combat… Les heures culturelles dans la forêt colombienne m'ont rappelé ce livre.

Néstor Kohan: Pourquoi les heures culturelles se réalisaient-elles dans l’obscurité ?

Ezequiel Rodríguez Labriego: À cause de la possibilité de bombardements des avions militaires. L'absence de lumière était destinée à cacher les positions des campements guérilleros aux avions. Les combattants nous ont raconté, qu’avant, ces heures culturelles se réalisaient en pleine lumière et l’on se voyait les visages, mais comme Uribe a accentué la guerre - au nom « de la paix » et « de la démocratie »… - et que dernièrement il a reçu la technologie militaire yankee de dernière génération destinée à anéantir l’insurrection avec le fameux « Plan Patriote », alors on ne pouvait plus continuer à développer ces activités à la lumière. Cette technologie militaire yankee inclut des ballons espions ou l’information par satellite destinée à détecter des concentrations de lumière, de fumée ou de chaleur dans la forêt. Ce qui justifiait les débats dans l’obscurité. Cela semble bizarre pour quelqu'un qui vit dans la ville d’assister à ces espèces d'assemblées dans l’obscurité, au milieu de la boue, où l’on discute de l'information conjoncturelle. C’est un grand sacrifice de vivre ainsi ! Mais tout le monde participe avec enthousiasme aux discussions avec « mystique » et avec joie. Ce que nous avons vu est, réellement, une force politico-militaire très informée, très politisée et très au fait au jour le jour.

 

Néstor Kohan: Donc ils ne sont pas des fous lâchés, perdus dans la forêt, ignorants de la chute du mur de Berlin…

Ezequiel Rodríguez Labriego: [Rires] Oh Non! Ils sont bien, mais très bien informés. Non seulement sur la Colombie mais aussi sur d'autres pays. Ils reçoivent des visites. Ils ont des discussions sur la lutte populaire d'autres pays. Ils sont internationalistes convaincus. En outre, l'immense majorité des combattants que j'ai connus ont rejoint les FARC après la chute du mur de Berlin. Ils ne sont pas des « dinosaures nostalgiques ». Ils sont marxistes léninistes, guévaristes et bolivariens, avec un projet politique très actuel, pensé pour l'Amérique latine du XXIème siècle. Ce projet bolivarien n'est pas pensé uniquement pour la Colombie mais pour la Grande Colombie et la Patria Grande, c'est-à-dire, pour toute l’Amérique latine. Les FARC forment une organisation de guérilla très bien connectée avec le monde.

Néstor Kohan: N’y avait-il pas de différence de formation entre les membres?

Ezequiel Rodríguez Labriego: En vérité, pour l’espace de temps où nous y sommes restés, je ne pourrais pas l'affirmer. Bien que je soupçonne que oui. Il y avait des travailleurs, des paysans, des étudiants. Certains ont une diction fluide, d'autres avaient plus de difficulté à lire à haute voix. Mais tous et toutes participaient au même niveau. Il y avait un tour de table ! Même les plus timides devaient parler. Les rôles pour organiser les « heures culturelles » (sortes d'assemblées culturelles) changeaient tous les jours et se faisaient en alternance. Sincèrement Je les voyais bien informés et très intéressés de ce qui se passait en Colombie (par exemple les manifestations urbaines, la crise politique, etc.) ainsi que dans d'autres pays.

Néstor Kohan: C’est ainsi pour les combattants, mais pour les commandants ?

Ezequiel Rodríguez Labriego: Bon, je dois reconnaître qu'ils m'ont surpris. Bien que j’aie lu l'historiographie sur les guérillas et que j’avais interviewé parfois des dirigeants politiques et des guérilleros d'autres pays, ces commandants m'ont beaucoup fait rire [Rires]. Comme je l'ai déjà raconté, ils vivaient en faisant des plaisanteries, entre eux et avec les visiteurs (il me semble que les visiteurs européens, ne captaient pas tout de l’humour ou des quelques ironies, mais ils partageaient aussi les plaisanteries). De plus, Ils discutaient de poésie et de littérature. Entre eux, ils s’entretenaient d’une discussion sur l'œuvre et la pensée de l’écrivain Vargas Vila [moderniste, de la génération de Rubén Darío. NdA]. Sur la table du commandement il y avait « La Critique de la raison pure » de Kant !  … J'ai vu aussi des livres du poète et révolutionnaire salvadorien Roque Dalton, j'ai écouté des conversations sur Mariátegui, Nietzsche, Habermas, les manuels soviétiques de Konstantinov, des polémiques sur Saramago, entre autres. Je les ai écoutés converser aussi, avec érudition et dévotion sur Simón Bolívar, s'il était mort de mort naturelle ou s’ils l'avaient tué. Ils parlaient également de la pensée de Che Guevara. Ils m’ont parus être des gens très instruits, très lecteurs et bien préparés. Très sensibles. Surtout lorsqu’un des visiteurs a demandé des souvenirs sur le commandant Marulanda, j'ai perçu, là, couler quelque larme. J'ai vu aussi des visages empreints de colère, d'indignation et beaucoup de dureté quand on parlait des crimes des « paracos » (les paramilitaires colombiens), l'usage qu’ils font de la tronçonneuse pour mutiler des gens, la torture, l'anéantissement des dirigeants populaires, indigènes, syndicaux, paysans, jeunes étudiants. Un des commandants que j'ai connu, d'origine paysanne évidente, avait eu ses six frères morts. En faisant connaissance avec ce commandant paysan, ancien lieutenant de Marulanda, nous nous sommes rappelés les récits historiques sur la guerre civile et la révolution d’Espagne, avec ses généraux ouvriers et paysans. Mais dans toutes les conversations prédomine l'humour, les « mamadas de gallo » (plaisanteries) et l’absence de méchanceté. Beaucoup d'ironie et beaucoup d'humour en toutes choses. N'est-ce-pas l'humour, peut-être, qui est le meilleur geste de santé mentale, indispensable pour mener de l’avant toute lutte radicale dans des conditions aussi difficiles ?

Néstor Kohan: Comment peut-on supporter de vivre dans la jungle ?

Ezequiel Rodríguez Labriego: C’est difficile. Beaucoup de sacrifice ! Bien que personne ne se plaigne et que  tout le monde le prenne avec « naturel », ces gens vivent avec beaucoup de sacrifice. D'abord, des nuages et des moustiques en permanence. C’est compliqué de vivre ainsi tous les jours, n'est-ce-pas ? Ils appellent cela « la peste ». Par exemple, Ils disaient tout naturellement « aujourd'hui il y a beaucoup de peste », comme celui qui dirait « il fait nuageux ». Dans les zones où il n'y a pas autant de moustiques…il y a des garrapatas [des sangsues]. Dans ces mêmes zones il y a aussi des guêpes, des vipères… Enfin, la vie des guérillas des FARC est une vie énormément dévouée et sacrifiée. Elle peut seulement être supportée, je m'imagine, s'il y a un projet politique clair, réaliste et viable qui lui accorde un sens et si on a intimement la foi en la victoire. Sinon, je ne m'explique pas comment on pourrait vivre ainsi quotidiennement. Les FARC sont certaines qu’elles vont vaincre.


Néstor Kohan: Comment les gens prennent-ils leurs mesures d’hygiène ?

Ezequiel Rodríguez Labriego: Ils font leur hygiène corporelle dans un puits (hommes et femmes), entouré de feuilles, sans plafond, au milieu de la pluie permanente… Il se dit que les FARC vivent comme des « magnats », dans l’abondance de luxe et de dollars, comme des « narco-millionnaires»…S'il vous plaît ! Quelle infamie ! Je t'assure que tout cela n'est rien de plus qu’une grossière et misérable propagande militaire, destinée à les délégitimer et à les isoler de possibles appuis, sûrement élaborée par les conseillers de guerre psychologique des yankees.

Néstor Kohan : Quel bilan général faites-vous de tout ce que vous avez vu et connu dans les campements des FARC-EP ?

Ezequiel Rodríguez Labriego: Quand je me rappelle de ce que nous avons connu dans les campements, je pense à tant d’universitaires médiocres subventionnés par quelque ONG, ou à ces journalistes ignorants payés par les grands monopoles, qui vivent en insultant et en dédaignant ces jeunes guérilleros et guérilleras en affirmant qu'ils sont des « narcos » et je ne sais quelles autres imbécilités de ce style. J’ai beaucoup d'indignation de voir ces pusillanimes et ces médiocres calomnier les FARC. Je comprends si quelqu'un ne partage pas la stratégie politique de l’insurrection communiste et bolivarienne. C’est logique et compréhensible. Chacun a le droit d’avoir son point de vue et donner son avis. Mais il me semble que celui qui juge devrait d’abord ôter son chapeau. C'est-à-dire, parler avec un très grand RESPECT [Rodriguez Labriego joint le geste à la parole] devant tant de dignité, devant tant d'abnégation, devant tant de sacrifice.

Comme conclusion personnelle, je voudrais faire remarquer le grand RESPECT, l'admiration sincère que je ressens et que ces gens génèrent, les gens des FARC. Je les ai vus très sérieux, plein d’efforts, et en particulier très convaincus de la cause du socialisme. Pas seulement du socialisme en Colombie mais dans la Patria Grande latino-américaine et dans le monde. Je crois qu'ils ont besoin de beaucoup de solidarité internationale. Au-delà des anecdotes ou des impressions, je crois bien que c’est cela qui est fondamental. La solidarité.

Néstor Kohan: Pourquoi croyez-vous que l’on parle si peu de la Colombie ? Pourquoi pensez-vous que la gauche mondiale est encore réticente à brandir en tant que tel le drapeau insurgé des FARC ?

Ezequiel Rodriguez Labriego : Il y a peut-être beaucoup de causes. D'abord, pour l’impressionnante campagne maccarthyste contre les FARC. La gauche, reconnaissons-le, n'est pas restée étrangère ni en marge des effets de ce maccarthysme officiel qui oblige tout le monde à « se démarquer » des FARC (et d’autres groupes radicaux) pour obtenir le certificat de « bonne conduite ». N'est-ce-pas vrai ? Ou est-ce-que je me trompe ? Deuxièmement, les FARC et le Parti Communiste Clandestin de Colombie (PCCC) marquent une continuité avec la gauche révolutionnaire des décennies précédentes, en maintenant la centralisation de la lutte pour le pouvoir, après plusieurs décennies de prédominance postmoderne et/ou social-démocrate. La Colombie n'est pas à l’ordre du jour dans l’organigramme latino-américain (où l’on parle habituellement de la Bolivie et du Venezuela, sans même mentionner la Colombie) parce que cela impliquerait automatiquement de discuter sur la pertinence de la lutte armée. Les milliers et les milliers de morts et de disparus provoquent la crainte. Beaucoup de crainte. Nous devons le reconnaître… il y a encore la peur, même si ce n’est pas admis publiquement ou qu’on le couvre avec des élucubrations « théoriques ». Il faut vaincre cette crainte une bonne fois pour toutes !

Alors il s'agit de reprendre la solidarité. Nous ne pouvons pas les abandonner ! Nous ne devons pas continuer en cédant au chantage maccarthyste. Nous ne pouvons pas tomber dans le silence complice ni dans le confort de l'indifférence.

Néstor Kohan: Lorsque vous parlez de solidarité, vous vous référez exclusivement à la gauche ?

Ezequiel Rodríguez Labriego: Pas nécessairement. Pas seulement à la gauche. Les FARC se définissent anti-impérialistes et bolivariens. L'arc de solidarité s’étend beaucoup plus au-delà de la gauche. Toute personne qui s'oppose à l’esprit guerrier d'Uribe et à la violation des droits humains devrait être solidaire. De la même manière qu’ont été soutenu le sandinisme au Nicaragua, le FMLN au Salvador, Fidel et le Che à Cuba, l'URNG au Guatemala, le zapatisme au Mexique, le MST au Brésil ou Chávez au Venezuela. Aujourd'hui il faut soutenir les FARC. Les FARC sont une partie irremplaçable et fondamentale de ce concert latino-américain. Nous ne pouvons pas continuer à faire les distraits face à la lutte du peuple colombien. L'appui aux FARC-EP doit être à l'ordre du jour dans la gauche latino-américaine et dans la gauche mondiale.

 

 

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Source :  ENTREVISTA AL HISTORIADOR EZEQUIEL RODRÍGUEZ LABRIEGO
LA VIDA EN LOS CAMPAMENTOS DE LAS FARC

Article original publié le  3/12/ 2008

Sur l’auteur

Esteban G. est rédacteur du blog http://letacle.canalblog.com/ et Fausto Giudice du blog Basta !   Tous deux sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=6620&lg=fr

 

 
 
 
AU SUD DE LA FRONTIÈRE: 20/12/2008
 
 

Par Marseille por la LIBERTAD! - Publié dans : Nouvelles de la Colombie
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Mardi 23 décembre 2008 2 23 /12 /2008 07:15

Conseil oecuménique des Églises - Reportage
Contact: + 41 22 791 6153 +41 79 507 6363
media@wcc-coe.org



Pour publication immédiate: 22 décembre 2008

En Colombie, les "zones humanitaires" résistent à la violence



Une photo est disponible gratuitement, voir plus bas


Elles ont pour nom Pueblo Nuevo (nouveau village), Bella Flor (belle fleur), Nueva Esperanza (nouvelle espérance), El Tesoro (le trésor). Des noms qui expriment clairement ce que les "zones humanitaires" signifient pour ceux qui les habitent. Là, des centaines de familles déplacées par la violence qui règne dans les régions rurales de Colombie tentent de reconstruire leur existence, tout en réclamant la restitution de leurs terres.

En octobre 1996, huit paysans furent assassinés par les paramilitaires dans la communauté de Brisas de la Virgen, dans le département de Chocó, au nord-est de la Colombie. Quelques familles de la communauté prirent la fuite, mais toutes ne le firent pas. Deux mois plus tard commencèrent les disparitions forcées et les tueries. On a vu des dizaines de cadavres flotter le long de la rivière Atrato.

En février 1997, les forces armées lancèrent l'opération Genesis, dans le but avoué d'anéantir les rebelles de gauche. Dans la circonscription de Riosucio, le bombardement se poursuivit des jours durant. Comme le donne à penser le nom de l'opération, il s'agissait de créer un monde nouveau, dans lequel il n'y aurait pas de place pour les paysans d'ascendance africaine, les autochtones et les métisses qui avaient vécu sur ces terres depuis des générations.

Les familles qui étaient restées prirent le long chemin du déplacement forcé. Selon Amnesty International, quelque 6'500 personnes de 49 communautés de la circonscription de Riosucio durent s'enfuir de chez eux. La majorité d'entre elles mirent des semaines à traverser la forêt à pied. Beaucoup moururent en chemin.

Enrique Petro et d'autres dirigeants communautaires sont au nombre des survivants. Début décembre, ils ont fait part de qu'ils ont vécu à une équipe œcuménique "
lettres vivantes" du Conseil œcuménique des Eglises (COE) qui leur a rendu visite dans la zone humanitaire de Las Camelias, dans le bassin de la rivière Curvaradó où vivent actuellement 18 familles.

Les "
Lettres vivantes" sont de petites équipes œcuméniques qui, dans le cadre de la Décennie Vaincre la violence soutenue par le COE, se rendent dans différentes parties du monde où des chrétiens s'efforcent de promouvoir la paix dans des situations de violence. Elles ont pour but d'exprimer la solidarité de la communauté œcuménique et de s'informer de la manière dont on affronte les défis dans les régions qu'elles visitent.

L'équipe "lettres vivantes" qui a visité la Colombie du 6 au 12 décembre a écouté les témoignages de première main de membres de communautés qui, au fil des ans, ont subi jusqu'à 15 déplacements forcés. Ces personnes n'ont pas seulement rappelé comment elles ont du abandonner leurs foyers en raison de la violence - surtout étatique et paramilitaire -, mais elles ont aussi dénoncé la manière dont elles ont été dépouillées des terres dont elles étaient propriétaires.

Les affaires sont les affaires

La région du Chocó revêt une importance militaire pour toutes les parties au conflit qui s'affrontent depuis les années 1960: l'armée, deux organisations rebelles de gauche et des groupes paramilitaires de droite. Proche de la frontière du Panama et recouverte de forêt tropicale, elle est une plaque tournante du trafic d'armes.

Cette région présente également un grand intérêt économique. Emplacement envisagé pour un canal qui relierait la mer des Caraïbes à l'océan Pacifique et une autoroute joignant Panama à la Colombie, elle regorge en outre de richesses minières et est riche en terres cultivables, en bois et en biodiversité.

Ainsi, la population civile de cette région qui détient, individuellement et collectivement, des droits de propriété légitimes sur des terres dont la valeur a décuplé depuis 1996, est devenue un obstacle pour les acteurs militaires ainsi que pour de puissants intérêts économiques.

Aujourd'hui, des compagnies transnationales consacrent de vastes étendues de ce territoire à la culture intensive de palmiers africains en vue de la production d'huile ainsi qu'à l'élevage.

"Nous avons vu comment, au nom de projets économiques, on a pris prétexte du conflit armé pour expulser des paysans et voler leurs terres ", a déclaré le pasteur Christopher Ferguson, représentant du COE auprès des Nations Unies et membre de l'équipe "lettres vivantes". Et il a ajouté: "Certaines compagnies multinationales sont responsables de la souffrance de ces communautés".

Outre la région du Curvaradó et les villes de Bogotá et de Barranquilla, une partie de l'équipe "lettres vivantes" a visité la ville de Trujillo, dans le département de Valle del Cauca, à l'est du pays. Trujillo est connue surtout par un cycle de violence qui a fait plus de 340 victimes entre 1989 et 1994; mais les assassinats et les disparitions continuent jusqu'à nos jours.

"J'ai été impressionné par la manière dont les familles des victimes ont su transformer leur souffrance en résistance, au travers de leur recherche de la vérité, de la justice et de réparations", a déclaré l'évêque Aldo Etchegoyen, de l'Eglise évangélique méthodiste d'Argentine et membre de l'équipe "lettres vivantes".

Zones de refuge et de résistance

Depuis 1999 déjà, quelques uns des déplacés au Curvaradó et dans la localité voisine de Jiguamiando tentèrent de retourner chez eux avec le soutien d'organisations non gouvernementales, notamment la Commission inter-ecclésiale Justice et paix.

En 2001, une attaque des paramilitaires provoqua de nouveaux déplacements. La première implantation de palmiers africains sur les terres des communautés expulsées a coïncidé avec cet exode. Moins de dix ans plus tard, ce qui avait été une forêt tropicale s'est transformé en un "désert vert" de palmiers à huile.

En 2002, et de nouveau en 2003, la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) a appelé à la défense des droits des membres des communautés du Curvaradó et du Jiguamiando,

A partir de 2003, les zones humanitaires de Pueblo Nuevo (90 familles), Nueva Esperanza (47 familles) et Bella Flor (30 familles) se sont constituées au Jiguamiando. Dès 2006, trois de ces zones se sont créées dans la région de Curvaradó, notamment El Tesoro et Las Camelias.

Les zones humanitaires sont des territoires clairement délimités et identifiés, habités par une population civile et dont l'entrée est interdite aux forces armées de tous les partis, quelles qu'elles soient. Sur ces territoires, des groupes de familles se soutiennent mutuellement face à la militarisation et affirment leurs droits. Depuis mars 2005, ces zones comptent sur l'appui de la CIDH, qui a demandé à l'Etat colombien de leur accorder une protection spéciale.

Face à la présence permanente dans la région de ce que l'Organisation des Etats américains appelle "des structures armées illégales, liées à des entreprises économiques illicites", les Eglises et les organismes œcuméniques réagissent notamment en assurant une présence permanente auprès des communautés.

Cet accompagnement est mis en œuvre par des volontaires – normalement au nombre de deux – qui vivent avec les familles dans les zones humanitaires, ainsi que l'a expliqué à l'équipe "lettres vivantes" le père Alberto Franco, de la Commission inter-ecclésiale de Justice et paix.

"Désormais, nous voulons apporter au monde entier le témoignage de ces enfants, de ces vieillards, de ces veuves qui nous ont raconté leurs expériences de souffrance et de perte", a dit le pasteur Jorge Ziljstra, secrétaire du Conseil des Eglises d'Amérique latine pour les Caraïbes et la Grande Colombie. "Au cœur des incertitudes, de la crainte et des menaces de mort, ils continuent à résister et à lutter pour la justice et la dignité."

Une photo en haute résolution peut être téléchargée sur:
http://oikoumene.org/fileadmin/images/wcc-main/news/2008/december/081208-006x.jpg
Près de 60 personnes ont rencontré la délégation "lettres vivantes" dans la zone humanitaire "Las Camelias" au Curvaradó, département de Chocó, Colombie. © William Delgado/COE

Informations complémentaires sur la visite des Lettres vivantes en Colombie:
http://vaincrelaviolence.org/index.php?id=6503&L=3

Eglises membres du COE en Colombie (en anglais):
http://www.oikoumene.org/?id=4736&L=3

Les opinions exprimées dans les reportages publiés par le COE ne reflètent pas nécessairement la politique du COE. Ce texte peut être reproduit gratuitement, en indiquant le nom de l'auteur.

Informations complémentaires: Juan Michel,+41 22 791 6153 +41 79 507 6363 media@wcc-coe.org

 


Le Conseil œcuménique des Eglises s'attache à promouvoir l'unité des chrétiens dans la foi, le témoignage et le service, en vue d'un monde de justice et de paix. Communauté œcuménique d'Eglises fondée en 1948, le COE réunit aujourd'hui 349 Eglises protestantes, orthodoxes, anglicanes et autres, représentant plus de 560 millions de chrétiens; il travaille en coopération avec l'Eglise catholique romaine. Son secrétaire général est le Pasteur Dr Samuel Kobia, de l'Eglise Méthodiste du Kenya. Siège: Genève, Suisse.

Par Marseille por la LIBERTAD! - Publié dans : Nouvelles de la Colombie
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