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Dimanche 3 août 2008 7 03 08 2008 10:44


Avec l'article très interressant de l'AFP ci-dessous, je vous propose une réflexion sur le retour des séquestrés dans leur foyer.

Nous apprenons ainsi la grande difficulté, le défi, pour les otages qui  recouvrent la liberté, d'être projetés dans une réalité toute différente de ce qu'ils ont imaginée, rêvée, conceptualisée, pire encore, fantasmée.
 Afin de garder le contrôle sur une vie ramenée à l'état d'esclave pendant des années parfois, il a fallu franchir des étapes bien définies et expliquées par des spécialistes de la prise d'otage.
C'est ainsi qu'à la suite de la dernière étape qu'est l''acceptation', nous apprenons que ces otages se sont inventés des outils pour survivre tant physiquement, intellectuellement, moralement que spirituellement.

Néanmoins, nous comprenons que ces outils très efficaces la plupart du temps en captivité, se montrent souvent inutilisables lorsque ces hommes et ces femmes 'nouveaux' se retrouvent accompagnés et aimés de nouveau. D'autant plus que plusieurs années séparent leur enlèvement de leur libération.

De la position d''attendus' ils se retrouvent dans le partage, le quotidien tout simple du partage de la vie en communauté où ils se retrouvent au centre de toutes les attentions et souvent dans une famille transformée en profondeur. Les repères qui pendant des années leur ont permis de tenir une ligne d'espoir ancrée dans l'imaginaire malgré eux, s'effacent brutalement pour laisser place à un univers inattendu et qu'ils rejettent. D'où le danger de ne plus être en mesure de tenir la tête hors de l'eau comme ils ont pu le faire, jour après jour, au find fond de l'obscurité silvestre et de sombrer dans la dépression. 
C'est alors un retour douloureux et un recommencement pour finir par accepter ce qu'ils ne contrôlent plus et qui ne changera plus. Le rêve est brisé et avec lui leur coeur. Ce qui donne lieu à des périodes de dépression, une maladie qui doit être traitée le plus sérieusement possible, ce qui demande des moyens de qualité dans un pays qui doit ainsi faire face à une gageure: vivre dans le même temps l'insupportable réalité d'enlèvements quasi quotidiens que rien ne semble arrêter et préparer l'accueil des familles et des anciens séquestrés, sans savoir ce qui permettra de stopper le cycle infernal de la violence.

Plusieurs générations de tortionnaires et de victimes doivent faire le bilan désastreux de millions de personnes traumatisées et qui forment la société colombienne d'aujourd'hui.

Et c'est dans ce climat que les ex-otages sont sensés se retrouver.

Pour les 'libérés', dans un autre temps, il faut à nouveau donner et surtout recevoir ce que pendant des années ils se sont efforcés d'oublier_ un enfant qu'ils ne connaissent pas, une épouse figée dans le temps et l'espace_ et à la fin idéalisés entre deux courriers ou messages radio. L'amour fraternel, filial ou conjugal seulement entendu grâce à la radio mais qui, une fois à la maison, ne correspond pas à ce qu'ils s'étaient efforcés de visualiser enchaînés et victimes des hommes et des éléments.

L'amour, cette force universelle qui paradoxalement ne suffit pas, ne suffit plus mais que l'on ne peut rejeter trop longtemps...

Dans un premier temps, il rend à ces 'otages libérés', le statut d'hommes libres. 
Libérés de la peur omniprésente de la maladie, de la faim et de la mort les voilà  engagés sur un long chemin de guérison intérieure, le long chemin de la vie 'avec et pour les autres', faites de déceptions et d'échecs. Le contact physique fait dans l'amour dont ils ont été si longtemps privés ne leur donne pas, en lui-même, le sentiment d'exister.  
Il faut alors redéfinir sa place hors des camps, de l'isolement et la déhumanisation. 

Pour les accompagner au retour à cette évidente mais dure réalité de la vie en société, ils sont accueillis, de même que leurs proches, afin de parvenir à briser la chaîne de l'incompréhension entre ce qui a été vécu dans la jungle et ce qui leur est d'une certaine manière 'imposé' à nouveau de retour chez eux.
Il leur faut recoler à un présent qui a besoin de projets personnalisés qui les ramènent à une actualité  et à un quotidien maîtrisés.
 
Parmi d'autres je vous propose un lien vers l' association 'Pays libre' 'fundacion Pais Libre' et sa présidente OLGA LUCÍA GÓMEZ

 

 http://www.somosmas.org/184/
 et
 
http://www.paislibre.org/index.php?option=com_content&task=view&id=25&Itemid=53

A partir de ces liens nous découvrons une mobilisation extraordinaire d'accueil et d'accompagnement au 'retour à la vie' des ex-otages.

En échos à la mobilisation internationale pour la fin des kidnappings et la libération de tous les otages des associations se mobilisent afin que l'enfer de la séquestration ne donne pas sur un autre enfer, celui de ne plus jamais connaitre la satisfaction d' avoir le destin de sa vie entre ses mains.
Elles sont le miroir où peuvent se regarder les ex-séquestrés et leurs proches pour retrouver leur identité d''après'.




C'est à la Colombie et aux colombiens de se donner les moyens de parvenir à la paix, de trouver les outils pour parvenir à la paix. Briser les chaînes qui privent les colombiens de la paix sociale et de la paix tout court.

Ce qui est tout aussi important, pour nous Comités de soutien, c'est que ces infâmes criminels s'extrayent aussi, de gré ou de force, une fois pour toute, de l'esprit et du coeur des 'libérés' et de leurs proches.
Il serait terrible de constater trop tard que leur libération n'apporte aux otages qu'une autre forme de séquestration: l'enfermement intérieur dûe à la souffrance de ne pas profiter de sa liberté.

Ce n'est pas pour cela que nous nous mobilisons!

Ce serait un échec cuisant!


Tortionnaires et assassins doivent s'extraire une fois pour toute du paysage politique et social de la Colombie! 

Christine Pagès


 01/08/2008 - Le Monde, AFP

Après des années passées dans la jungle, les otages colombiens récemment libérés vivent l'expérience du retour. A Bogota, des psychologues spécialisés les attendent. "Passé l'euphorie de la libération, les difficultés commencent", souligne Olga Lucia Gomez, présidente de Pais Libre ("pays libre"), une association qui prête assistance juridique et psychologique aux otages et à leurs familles. Pendant un quart de siècle, la Colombie a battu tous les records en matière d'enlèvements.

Des détails quotidiens disent la difficulté de la réadaptation à la vie "civile". "Après des mois passés dans la forêt, certains ne supportent plus un matelas moelleux et préfèrent dormir par terre", raconte Dary Lucia Nieto, de Pais Libre. Janeth Santiago, une de ses collègues qui travaille au ministère de la défense, raconte le cas d'une ex-otage qui pouvait jouer pendant des heures avec l'interrupteur, fascinée de voir la lumière jaillir après avoir vécu quatre ans dans la forêt sans jamais voir une ampoule électrique.

La réadaptation a ses phases. Les premiers jours, l'intensité des émotions et la peur d'être en train de rêver ne laissent pas dormir l'ex-otage. L'euphorie peut durer plusieurs semaines ou plusieurs mois. Elle est parfois suivie d'une phase de profonde dépression.

"J'ai un enfant à découvrir et à élever : cela donne un sens à ma vie pour les quinze ans à venir. C'est un privilège", explique, souriante, Clara Rojas (l'ex-collaboratrice d'Ingrid Betancourt), qui a eu un bébé en captivité. Comme les autres, elle parle de la jungle comme d'un personnage vivant qu'elle aurait trop longtemps côtoyé. "Moi, dit-elle, je ne l'ai jamais détestée." Cela l'aide à l'oublier. La plupart des otages rêvent pendant des mois, voire des années, d'obscurité, de serpents et de torrents assassins.

"La vie d'un otage ne commence pas le jour de son enlèvement. Sa personnalité, son environnement familial, les circonstances de son enlèvement et de sa libération jouent évidemment un rôle fondamental dans la façon dont il va affronter la captivité et vivre le retour", rappelle Olga Lucia Gomez.

Plusieurs étapes marquent la vie d'un otage en captivité. "Dans un premier temps, la victime refuse sa condition. La négation, la rage, le sentiment d'injustice l'annihilent. Au bout de quelques jours ou de plusieurs mois vient la phase d'acceptation et d'adaptation : l'otage mobilise alors toutes ses ressources - physiques, émotionnelles, intellectuelles et spirituelles - pour survivre. Parallèlement, le corps se fait plus résistant aux moustiques, aux intempéries, à la nourriture et à l'eau impures ainsi qu'aux marches interminables", résume Dary Lucia Nieto. Paradoxalement, les otages "longue durée" sortent de l'épreuve en meilleur état physique et mental que ceux dont l'enlèvement n'a duré que quelques semaines.

"ARRÊT SUR IMAGE"

Beaucoup, en Colombie comme en France, se sont étonnés de voir Ingrid Betancourt et ses compagnons d'infortune apparemment "en pleine forme" au sortir de la jungle, le 2 juillet. Tous les ex-otages affirment que Dieu les a aidés à traverser l'épreuve. "Certains otages sans aucune éducation religieuse inventent en captivité rites et prières", rappelle Olga Lucia Gomez. Les ravisseurs marxistes fournissent fréquemment une bible à leurs victimes.

"L'enlèvement est comme un arrêt sur image pour l'otage, qui rêve de retrouver sa vie telle qu'il l'avait laissée. Mais la vie a continué sans lui, et beaucoup de choses ont, parfois, changé", explique Olga Lucia Gomez.

Les décisions à prendre - concernant notamment le paiement d'une rançon - ont parfois déchiré durablement l'entourage familial. Des épouses dociles et effacées ont appris à se débrouiller toutes seules. Des enfants devenus adolescents supportent mal ce père inconnu qui sort de la jungle trop autoritaire ou au contraire trop fragile. "Je me souviens d'un homme qui, des mois après sa libération, ne pouvait voir ses enfants sans fondre en larmes, ce qui avait fini par les éloigner de lui", raconte Dary Lucia Nieto. "Il faut réapprendre à vivre ensemble, réajuster deux histoires parallèles. Le couple et la famille en sortent parfois plus unis et plus solidaires. Dans certains cas, le divorce est inévitable", explique-t-elle.

Sous l'oeil scrutateur des caméras, la récente libération des otages politiques a révélé des drames sous-jacents. Plusieurs militaires ont retrouvé leur épouse avec un autre, et leurs enfants avec des demi-frères ou soeurs. Libéré en février, l'ex-parlementaire Jorge Eduardo Gechem a publiquement annoncé qu'il divorçait de sa femme, à laquelle il écrivait, quelques mois plus tôt, des lettres d'amour passionnées. Resté seul à Bogota, le mari d'Ingrid Betancourt, Juan Carlos Lecompte, l'attend encore. La captivité est une indicible tragédie, pour les otages comme pour leurs familles.

 

Par marseille avec ingrid - Publié dans : Textes libres
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