Je suis désespérée d'apprendre une telle nouvelle!
Et le désespoir prend ici une dimension sacrificielle qui démontre quel degré de souffrance est vécue en ce moment par des hommes et des femmes au bord de l'asphyxie morale!
Cet acte marque une étape dans la lutte et la détermination des familles de séquestrés pris dans l'étau d'une politique jusqu'au boutiste ménée par le gouvernement colombien et les FARC campés sur leur position guerrière qui ne mène nulle part!
La terre reçoit encore le sang des innocents!
Le sang d'un père pour son fils qui entachera pour l'éternité la Colombie.
Qui pourrait sortir vainqueur d'un tel acte?
Qu'on se le dise, le tournant pris risque de faire basculer les mentalités et ce risque, Gustavo est tout prêt à le prendre pour l'amour de son fils, de la liberté et de la justice.
Jusqu'où aller pour faire entendre la voix de la Vérité?
A l'ère du tout médiatique et de l'image plutôt que l'analyse et le raisonnement, n'est-ce pas là, la seule porte qu'il fallait avoir le courage d'ouvrir ouvrant sur une approche mystique du drame qui se joue ici.
Doit-on en être étonnés lorsqu'on sait que même le gouvernement colombien donne à l'Eglise Catholique la lourde charge d'être un interlocuteur auprès des FARC?
Quand tout échoue: les milliers de km à pieds du 'Marcheur de la Paix' à travers le monde, des entretiens face à face avec les politiques et pas des moindres, Monsieur Uribe en personne, des députés, des sénateurs, la presse du monde entier et tant et tant de mots échangés sans résultats et en tout cas, sans LE résultat espéré...
Non, Monsieur Gustavo Moncayo n'est pas un illuminé pas plus qu'un être sans scupules ni bon sens.
Il est tout le contraire car, il vient, par cet acte extraordinaire donner une leçon à la face du monde sourd et aveugle de tout argument politique ou social:
Une image vaut mieux que mille mots!
Cette logique de l'extrème, d'autres l'ont compris, apporte souvent le plus qui manquait, dans la charge émotionnelle qu'elle crée, la crucifixion de Gustavo est un rappel à nos plus intenses peurs: jusqu'où devrais-je aller pour que l'on m'entende pour l'amour de son enfant?
Verser son sang...
Mais au final, à quoi nous engageons-nous lorsque l'on donne la vie à son enfant et qu'un autre vient, l'arme à la main, nous le prendre en nous arrachant du même coup le coeur en laissant notre âme écartelée aux yeux du monde?
ECARTELE, c'est le mot juste entre la raison et le coeur de l'homme désespéré.
Une croix pour que ne s'efface jamais la douleur insoutenable, invivable, du coeur du père qui ne bat plus que pour le coeur enfermé du fils pris au piège de la haine et de la violence?
Dieu a laissé à l'homme la capacité de saisir la croix de son Fils bien- aimé dans l'Espérance d'une vie meilleure ici-bas et dans son Royaume. Libre de faire vivre cette croix, témoignage universel du don et de la folie amoureuse de Dieu pour l'Homme. Oui, 'folie' dit l'apôtre Paul, 'folie' de la Croix offerte pour la Vie Véritable.
Ce que l'on fait de cette croix semble donc être la seule issue valable quand notre humanité n'a d'yeux que pour le Ciel, seul au désert.
Et qu'y a-t-il de plus haut, de plus majestueux de plus proche au final de notre humanité, que cette croix qui écorche la peau et qui nous rappelle pourquoi l'on souffre de sang et d'eau?
Nous restons interpellés par ce Chemin de Croix là. Nous ne pouvons partager ce que ressent Gustavo mais lui crève de devoir se lever dans un silence assourdissant qui le détruit à petit feu et qui tue son fils, jour après jour, nuit après nuit...
Mais, devrions-nous attendre plus de cette expérience de la chair crucifiée que le symbole visible du Ciel et de la Terre, d'une humanité poussée dans ses derniers retranchements: souffrance pour souffrance, malheur pour malheur, sang pour sang.
N'y voyons rien d'autre, nous les amis qui soutiennent et qui aiment, car alors, nous trahirions cet homme d'une invraissemblable humanité au raisonnement tellement clairvoyant, qu'il comprend aujourd'hui, que porter cette croix-là c'est porter pour toujours son fils.
Oui, après cela, rien ni personne ne pourra effacer la mortification salutaire que son âme réclame de toutes les fibres de son corps.
Souffrir AVEC et EN son fils...
Ce dialogue à distance entre Gustavo et son Fils est un dialogue qu'il prend seul à sa charge et qui porte néanmoins l'appel au secours des âmes enchaînées.
Il ne serait donc pas juste de penser que Gustavo se donne un spectacle pour rien.
Il offre à nos yeux remplis de larmes la preuve ultime que rien ne saurait justifier la prise d'otage et la séquestration d'hommes, de femmes et d'enfants.
Une seule Loi pour le Ciel: l'Amour et ne nous y trompons pas, c'est l'Amour et toujours l'Amour qui porte actuellement Monsieur Gustavo Moncayo.
Il porte sa croix: un Amour inconditionnel pour son enfant et personne ne devrait juger de ce que Gustavo fait de sa liberté d'exprimer cet Amour.
Car libre, il ne l'est plus et il ne s'appartient et ce chemin de croix, il le suit seul depuis ce jour fatidique d'il y a 12 ans. Au bout, le don de soi et jamais que le don de soi au nom du Père du Fils et du Saint Esprit. Une Vérité vécue dans son âme écartelée.
CP
L'otage de la guérilla colombienne des Farc,
Sigifredo Lopez, a été libéré jeudi dans le sud de la Colombie, après sept ans de captivité, a annoncé le Comité international de la Croix-Rouge.